Une enquête publiée en 2019 par France 3 Hauts-de-France, en partenariat avec Mediapart et Mediacités, s’était penchée sur le parcours de l’intermédiaire portugais, notamment sur son implication dans le projet de reprise de Neuchâtel Xamax, un club suisse déclaré en faillite quelques mois plus tard.
Selon les informations publiées mardi soir par L’Équipe, un protocole d’accord aurait depuis été signé entre la famille Kita et Phenix Sports Invest, la structure emmenée par Paulo Tavares. Le projet, qui réunirait des investisseurs français, portugais et luxembourgeois, serait évalué autour de 100 millions d’euros hors bonus et doit encore passer par plusieurs étapes, notamment devant la DNCG.
Un intermédiaire déjà présent dans plusieurs projets de reprise
Paulo Tavares n’est pas un inconnu du monde du football. Dans l’enquête publiée par France 3, il était alors présenté comme un intermédiaire portugais de 55 ans, régulièrement consultant sur la chaîne L’Équipe et surtout comme l’un des visages du projet de rachat de Valenciennes porté par la société suisse III Sport Invest et Éric Besson.
À cette époque, Tavares expliquait vouloir jouer un rôle de conseiller auprès du futur propriétaire et mettait en avant ses réseaux internationaux. Le projet valenciennois n’avait finalement pas abouti. Aujourd’hui, le Portugais se retrouve à nouveau au premier plan d’un projet de rachat, cette fois pour l’un des clubs les plus historiques du football français.
Mais c’est surtout son expérience avec Neuchâtel Xamax qui interpelle dans son parcours.
Neuchâtel Xamax, une aventure terminée par une faillite
En 2011, Paulo Tavares se rapproche de Bulat Chagaev, homme d’affaires tchétchène installé en Suisse et alors vice-président du Terek Grozny. Quelques mois auparavant, les deux hommes avaient déjà collaboré à l’organisation d’un match spectaculaire à Grozny, réunissant notamment Diego Maradona, Luis Figo, Jean-Pierre Papin, Franco Baresi, Ivan Zamorano ou encore Fabien Barthez.
Le partenariat entre les deux hommes va ensuite prendre une autre dimension. Chagaev devient actionnaire majoritaire de Neuchâtel Xamax le 30 avril 2011 et confie à Tavares une partie du recrutement du club. Le Portugais fait notamment venir le Brésilien Sonny Anderson au poste d’entraîneur.
Mais l’expérience tourne rapidement au désastre. D’après l’enquête, Chagaev se retrouve privé de financements après être tombé en disgrâce en Tchétchénie. Sa gestion du club est également décrite comme autoritaire, avec notamment des départs au sein du staff et des tensions avec certains joueurs.
Le 26 janvier 2012, Neuchâtel Xamax est officiellement déclaré en faillite. Bulat Chagaev sera ensuite condamné en Suisse dans cette affaire, même si le jugement d’appel mentionné dans l’enquête a par la suite été annulé par le Tribunal fédéral. De son côté, Paulo Tavares affirme à France 3 n’avoir jamais été payé par l’homme d’affaires tchétchène et assure ne plus avoir de contact avec lui.
Un point essentiel à rappeler : l’enquête ne présente pas Tavares comme le propriétaire ou le dirigeant responsable de la faillite de Neuchâtel Xamax. Il intervenait comme conseiller et dans le recrutement auprès de Chagaev. Le club était contrôlé par ce dernier au moment de la faillite.
Son passage remarqué par Monaco
Après l’épisode suisse, Paulo Tavares poursuit son activité dans le football et se rapproche de l’AS Monaco. Les documents issus des Football Leaks consultés par France 3 montrent qu’il dispose alors d’un accès important à la direction monégasque, notamment auprès de Vadim Vasilyev.
L’enquête revient notamment sur son intervention dans plusieurs dossiers. Celui de Marcel Tisserand occupe une place importante. En 2013, Tavares et Samir Khellafi transmettent à Monaco une proposition de prolongation du défenseur, accompagnée d’une commission et d’une « prime exceptionnelle de prolongation » de 350 000 euros, finalement ramenée à 300 000 euros.
France 3 relève que cette somme dépassait, selon son analyse, la limite légale applicable aux commissions d’agents dans ce type d’opération. La somme de 300 000 euros est alors facturée par Gestisoccer, la société de Tavares, sous la forme d’un contrat de scouting destiné officiellement à identifier des joueurs au Portugal et en Europe de l’Ouest.
Le dossier est contesté par Tavares. Interrogé par les journalistes, il assure que le contrat de scouting correspondait à de véritables prestations et nie qu’il ait servi à masquer une commission liée à Tisserand. L’AS Monaco avait également défendu le principe de ces contrats de prestation de services, expliquant qu’ils correspondaient à des besoins spécifiques du club.
Leonardo Jardim, Adama Traoré… un réseau important à Monaco
L’enquête montre également l’importance prise par Tavares dans plusieurs opérations monégasques. Il participe notamment à l’arrivée de Leonardo Jardim sur le banc de l’ASM en 2014. Il travaille alors avec l’agent portugais Nelson Almeida et un agent français, François Héritier, nécessaire pour les questions liées à la réglementation française.
Quelques mois plus tard, Tavares intervient également dans le transfert d’Adama Traoré, jeune milieu du LOSC, vers Monaco. Les deux clubs s’entendent finalement sur une transaction de 12 millions d’euros, tandis que Gestisoccer reçoit une commission de 5 %, soit 600 000 euros hors taxes, selon les documents cités par France 3.
Tavares sera également impliqué dans le transfert de Djibril Sidibé entre Lille et Monaco l’année suivante.
Signature de Djibril Sidibé a Mónaco pic.twitter.com/qpJe4Nt7Li
— Paul tavares (@Tavares03Paulo) July 9, 2016
« Je ne suis pas un philanthrope »
L’enquête décrit enfin un homme qui assume pleinement la dimension financière de son activité. Tavares expliquait à l’époque qu’il intervenait comme conseiller et cherchait à être rémunéré pour les opérations auxquelles il contribuait.
« Je ne suis pas un philanthrope, je suis là pour gagner de l’argent », déclarait-il alors à France 3. Il expliquait également vouloir bénéficier de contrats indexés sur la plus-value générée par les opérations auxquelles il participait.
Son parcours est également marqué par des tensions avec certains de ses partenaires. En 2016, l’agent portugais Nelson Almeida annonce notamment avoir cessé sa collaboration avec lui et lui reproche d’avoir continué à intervenir au nom de joueurs liés à son agence. Tavares conteste cette version et affirme, de son côté, qu’Almeida lui devait de l’argent sur des commissions.
Un passé qui accompagne désormais le projet nantais
Plus de sept ans après cette enquête, Paulo Tavares se retrouve donc à un tournant majeur de sa carrière. Après plusieurs projets de reprise qui n’ont pas abouti, notamment à Valenciennes et Saint-Étienne, il serait désormais tout proche de prendre les commandes du FC Nantes. L’Équipe indique qu’un protocole d’accord a été signé et que l’opération doit encore être examinée par le comité d’entreprise et la DNCG.
Son passé ne permet évidemment pas, à lui seul, de préjuger de la réussite ou de l’échec du projet nantais. Mais son parcours, documenté par les Football Leaks et l’enquête de France 3, comporte plusieurs épisodes qui seront nécessairement scrutés alors qu’il s’apprête potentiellement à succéder à Waldemar Kita.

